Tulou

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Port de XiamenJe quitte donc Xiamen samedi 23 août en prenant le ferry pour quitter l’île. Le soleil tape à nouveau et je pensais qu’arrivé fin août, le temps se rafraîchirait quelque peu mais il n’en est rien. Je contourne Zhanzhou où je déjeune et prends la direction de Nanjing. Alors que la route était plate jusque là, je repars dans les montagnes et la cadence ralentit. Dans la campagne chinoiseJe ne serai pas aux Tulou (prononcer Toulo) ce soir, des maisons communautaires typiques de la province du Fujian.
Il fait nuit lorsque je decide de m’arreter à Zhenqu pour de nouveau demander l’hospitalité. A la station service du village, je demande à deux employées où se trouvent le temple et l’école. L’une d’entre elles m’emmène au temple. Malheureusement celui-ci ne se compose que d’un seul petit bâtiment où les gens viennent prier et faire des offrandes. Je repars seule pour trouver l’école et demande aux personnes travaillant dans la boutique en face s’ils pensent que je peux planter la tente là pour la nuit; leur réponse est négative. Je finis par rebrousser chemin et campe dans une plantation surplombant la vallée.
P1080518Dimanche 24, 4h30, je range le camp à l’aube. Zhenqu s’eveille à peine lorsque j’arrive pour acheter mon petit déjeuner. Je reprends la direction de Nanjing par la nationale sous un soleil de plomb. Arrivée à Nanjing, je decide d’essayer de faire réparer ma béquille en espérant que cela me coûte moins cher.
Une première chinoise m’aide, sans succès. « Hello, do you need some help? » (Bonjour, vous avez besoin d’aide?) Qui Jia, une chinoise de 20 ans habillée sur son 31, s’arrête à côté de moi avec son vélo. Elle m’aidera à faire réparer ma béquille (deux nouvelles vis mais pas de soudure, du temporaire donc) gratuitement chez un petit réparateur, et m’invite à déjeuner avec deux de ses amies dans un restaurant occidental. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas mangé un steak avec un couteau et une fourchette! Qui Jia va partir étudier un an à Taïwan alors que ses amies partent étudier à Pékin et Zhanzhou; ce déjeuner est une sorte de repas d’adieux avant de futures retrouvailles. A la fin du repas, deux d’entre elles s’éclipsent pour revenir avec des cadeaux achetés spécialement pour moi: du très bon thé vert, des gâteaux de lune pour fêter le Festival de la Mi-automne le 8 septembre et un bracelet porte bonheur. « Bienvenue en Chine! » me diront-elles. Je n’ai passé que quelques heures avec elles mais j’ai eu droit à un geste de bienvenue; pourrais-je en espérer autant dans d’autres pays?
Il me reste quarante kilomètres avant les Tulou. En longeant le fleuve pour m’y rendre, j’ai droit à ma deuxième crevaison; seul un couple s’arrêtera pour me proposer de l’aide et même m’emmener, la Fusée et moi, aux Tulou. Je refuserai leur gentille offre et grimperai les côtes sans fin, à travers les rizières, les plantations de thé, les bananiers et les plants de gingembre. Je dois me résigner à planter la tente au milieu de plantations le long de la route avant d’avoir atteint mon but. Il fait nuit noire et je crois apercevoir furtivement la lumière d’une lampe torche alors que je bouquine. J’eteins tout mais entends à nouveau du bruit une heure plus tard alors que je m’étais assoupie: l’homme est revenu avec sa fille et leurs lampes torches! Heureusement des arbres me cachent et ils ne me verront pas!
L'aube dans le Fujian
Lever de soleil dans les montagnes du FujianJe dors mal cette nuit là et je me réveille comme prévu à 4h45, suffisamment tôt pour ranger le camp et partir à l’aube; j’aurais droit à un magnifique lever de soleil sur les montagnes, ce qui me consolera. La route grimpe pendant encore deux kilomètres puis c’est la descente dans la vallée; il est 6h30 lorsque je m’arrête pour remplir mes bouteilles devant un temple où coule l’eau de la montagne. Une jeune fille s’avance vers moi: « Do you need some help? » (Tu as besoin d’aide?) Je rencontre Amelia (son nom italien), de son vrai nom Xiao Yun (Petit Nuage, quelle coïncidence, comme Nuage à Taishan!). Moi qui maudissais la crevaison hier, je relativise maintenant et me dis que chaque événement peut être pris comme une chance:
Bouddha« Un vieil homme et son fils s’occupaient d’une petite ferme. Ils n’avaient qu’un seul et unique cheval pour tirer la charrue. Un jour, le cheval s’enfuit.
Les voisins les plaignirent: « C’est affreux. Quelle malchance! »
« Qui sait s’il s’agit ou non de malchance », répliqua le fermier.
Une semaine plus tard, le cheval revint des montagnes, ramenant avec lui cinq juments dans la grange.
« Quelle chance extraordinaire! » s’exclamèrent les voisins.
« Chance? Malchance? Qui sait? » répondit le vieil homme.
Le lendemain, alors qu’il essayait de dompter l’un des chevaux, le fils tomba et se cassa la jambe.
« C’est terrible! Quelle malchance! »
« Malchance? Chance? »
Quelques temps après, l’armée passa dans toutes les fermes enrôler de jeunes hommes pour la guerre. Le fils du fermier ne leur était d’aucune utilité, il fut donc épargné.
« Chance? Malchance? »
Le Guerrier Pacifique, Dan Millman, 1984, Éditions J’ai lu.
En ce premier jour du calendrier lunaireAmelia s’est rendue ce matin au temple avec sa grand-mère pour remercier Bouddha en ce premier jour du huitième mois du calendrier lunaire. Dans exactement 15 jours, ce sera le Festival de la mi-automne, la deuxième plus importante journée de l’année pour les chinois après le Nouvel An. Elle m’invite à prendre le thé et le petit déjeuner chez elle, où vivent ses grands-parents, sa mère,son frère et un ami, et me propose même d’être mon guide pour la journée et d’aller voir ensemble les Tulou en scooter. L’entrée est payante: 90 yuans pour voir 2 maisons et un moulin! Je refuse de casser ma tirelire pour ça, alors que tous les autres Tulou de la région, encore habités et bien plus authentiques, sont ouverts gratuitement. Elle appelle un ami et finit par m’avoir un billet pour étudiant à moitié prix!
Un TulouLes Tulou sont des maisons communautaires, généralement circulaires ou de forme carrées, construites au IIIeme siècle avant J.C. par les Hakka, une tribu du nord de la Chine, persécutée et forcée de s’exiler. Ils s’installèrent dans les provinces du Fujian, du Jiangxi et du Guangdong et construisirent ces maisons pour se protéger des animaux sauvages et des bandits. Interieur d'un TulouFaites de terre et de riz gluant avec une structure renforcée en bambou et en copeaux de bois, les Tulou possèdent en général trois étages sans fenêtres sur l’extérieur: le rez-de-chaussée était utilisé pour cuisiner, le premier étage servait de grenier et le deuxième étage accueillait les chambres des membres de tout un clan. Souvent, le Tulou se poursuit à l’extérieur avec des habitations basses. Le centre du Tulou servait à la vie en communauté, aussi bien d’école que de lieu de cérémonie pour les anniversaires ou les mariages.
Interieur d'un Tulou
Nous visiterons un premier Tulou rectangulaire particulier, équipé d’un système de filtration d’eau: l’eau souillée est versée dans un puits, traitée par des plantes avant de ressortir propre et potable dans un autre puits à 10 mètres de là! Nous partirons ensuite vister un moulin installé le long de la rivière et un Tulou circulaire. Ne serait-ce que pour monter dans les étages, les touristes doivent encore casquer…
Moulin pres d'un Tulou Centre de vie d'un Tulou
The en train de secher dans le village d'AmeliaDe retour chez Amelia après ces visites, nous nous attablons pour déjeuner. Ses grands-parents possédaient un restaurant installé le long de l’ancienne nationale, mais avec la nouvelle route, la clientèle de passage s’est raréfiée et ils ont du se résigner à fermer le restaurant.
Sa grand-mère travaille aujourd’hui dans une plantation de thé alors que son grand-père aide son oncle dans son entreprise de compléments alimentaires pour cochons. Ce sont eux qui préparent à manger pour la famille et bien sur leur cuisine est un régal: tofu frit aux oignons, dés de poulets en sauce, porc épicé et riz.
Je devais quitter Amelia pour prendre la direction de Zhanzhou et prendre le train pour Canton, mais le train est complet pour ce soir. Amelia me propose de rester dormir chez elle et de prendre le train demain soir à la place.
Tulou toujours habiteNous nous baladons dans le village où Amelia me montre les deux Tulou toujours habités, où résident entre autre ses grands-parents maternels. A l’entreprise de son oncle, je fais la connaissance d’une partie du village en buvant le thé préparé comme la coutume le veut: après avoir été lavé deux fois à l’eau chaude, il est infusé brièvement et servi dans de minuscules bols contenant deux gorgées. Après avoir été infusé trois fois, il est jeté et du thé frais est utilisé.
Dans l’après-midi, nous irons même nous baigner dans une sorte de piscine géante naturelle: l’eau de la montagne se déverse dans ce réservoir géant creusé par la population, avant de suivre son cours. Après le dîner en famille, nous irons manger une glace dans le village voisin et discuter avec ses amis, avant d’aller boire le thé et de manger des yeux du dragon chez sa tante où je rencontre 3 chinoises de 15 ans avec qui j’essaye de parler anglais. De retour à la maison, une partie de la famille s’est réunie pour manger une soupe épicée préparée par la mère d’Amelia. Épuisée après ma courte nuit de la veille, je m’eclipse. Je dormirais comme un bébé dans un lit composé de planches et d’une fine couverture en guise de matelas: je peux maintenant dormir n’importe où!
Village d'AmeliaLe lendemain matin, après un bon petit déjeuner, je quitte Amelia et sa famille, heureuse que le destin m’ait fait découvrir leur vie.
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3 réflexions au sujet de « Tulou »

    mace a dit:
    12 septembre 2014 à 20 h 45 min

    chouette ces rencontres. Je suis heureuse que tu aies pu enfin passer une bonne nuit compléte sans stress, et puis ces personnes etaient tres acceuillantes. Un jour sur deux ou trois tes rencontres sont fabuleuses. Quel enrichissement et comme tu le dis tu auras appris a te lever tot pour admirer de superbes couchers de soleil.Gros smacks……

    Richard Raymonde a dit:
    21 septembre 2014 à 8 h 42 min

    maintenant tu feras comme papy tu dormiras partout meme sur un tas de cailloux.
    j aime mieux un bon matelat!!
    Maryline quand elle est revenu des US la 1ere chose qu elle voulait manger c etait un steak frites ( elle qui n aimait pas la viande rouge) comme quoi..
    gros bisous

      admin a répondu:
      22 septembre 2014 à 0 h 22 min

      Oui, exactement! A Hong Kong il faisait trop chaud pour dormir sur mon matelas en mousse qui retient la chaleur donc j’ai dormi à même le sol dans la tente, et j’ai passé une bonne nuit! 🙂
      Pour la cuisine, c’est l’inverse personnellement. La cuisine chinoise me manque! Même si il n’y a pas énormément de douceurs, leur cuisine est simple mais goutue. Hier je me suis même fait un petit déjeuner salé, c’est pour dire!

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