Sortir de sa zone de confort

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sortir de sa zone de confort

Voici un article issu du magazine Psychologies et paru en octobre 2014. Osez partir a l’aventure et se laisser porter par la vie.

COMMENT DEVENIR AUDACIEUX?
Heureux les audacieux ! Dans notre époque en proie au doute, l’audace est l’énergie dont nous avons besoin. Comment oser agir lorsque le sentiment d’impuissance nous assaille ? Et dépasser nos propres limites pour suivre notre désir ?

« Faites preuve d’audace, soyez différent, faites tout ce qui vous permettra d’affirmer votre intégrité, votre intention, votre vision et votre imagination, face à ceux qui tenteront de vous décourager. » À l’heure où nous avons à affronter tant de problèmes cruciaux pour notre avenir, cette phrase de Cecil Beaton, grand photographe de mode britannique et décorateur de théâtre, n’est-elle pas formidablement inspirante ? Qu’il s’agisse de la suite que nous voulons donner à nos existences – nos amours, notre parcours professionnel, l’éducation de nos enfants, notre mode de vie… – ou des combats que nous avons à mener collectivement – contre la pauvreté, pour l’écologie, le vivre-ensemble, le soin, l’enseignement, le travail partagé, les mutations technologiques ou scientifiques… –, il devient urgent, devant la complexité et les crispations idéologiques, d’être capables de regarder la réalité sous un autre angle, de questionner ce qui semblait indiscutable, de nous risquer dans des voies nouvelles. Nous aurions pu choisir le thème du courage. Il nous en faut dans ce climat de peur généralisée. Mais l’audace nous semblait être une promesse plus alléchante, plus adaptée à notre aspiration à devenir qui nous sommes en puissance. Et à notre conviction de pouvoir, par ce biais, contribuer à l’amélioration du monde.

Audace ou courage?
Qu’est-ce que l’audace ? Et qu’est-ce qui la distingue du courage ? « Pour Aristote, le courage est le juste milieu entre la lâcheté et la témérité, explique Elsa Godart, philosophe et psychanalyste. C’est une vertu de la bonne mesure, par laquelle nous exprimons notre force morale. Avec l’audace, au contraire, il s’agit de dépasser la mesure, d’oser, de faire preuve de hardiesse, de culot, pour nous affirmer au-delà de ce dont nous nous pensions capables. » Le courage est d’abord une réaction, une force de résistance : il s’exprime dans des situations que nous subissons – la guerre, la maladie, l’adversité. C’est Ingrid Betancourt, prisonnière des Farc, qui continue de penser qu’elle peut être maîtresse de son destin plutôt que victime. L’audace, elle, tient davantage de la provocation : elle est cette impulsion qui nous conduit à rompre les rangs pour faire un pas de côté, surprenant, innovant. Pour autant, elle ne saurait se limiter à ces pitreries dont notre société du spectacle est friande : l’insolence institutionnalisée de certains animateurs de télévision, les facéties de stars en quête d’elles-mêmes, les conduites à risque de têtes brûlées. Pour constituer une véritable force de changement, elle doit s’adosser à un engagement, à une recherche de progrès pour soi ou pour les autres. « C’est cette cause au-delà de soi qui nous permet de prendre des risques… en connaissance de cause, ajoute Elsa Godart. Parce que nous estimons qu’il y a plus à y gagner qu’à y perdre. En ce sens, l’audace n’est pas une inconscience. Elle requiert du courage. » Car elle peut être coûteuse. Ce sont ces Femen qui, seins nus, défient Poutine au péril de leur liberté. L’audace, au quotidien, nous détourne de la tranquillité. Elle nous pousse à exprimer des vérités que d’autres ne veulent pas entendre ; à quitter les rails pour nous aventurer sur des chemins incertains. Et nous le faisons parce que ce coûtlà, même élevé, nous semble moins élevé que si nous ne faisions rien.

Pourquoi notre manque d’audace?
« Si nous manquons parfois d’audace, c’est parce que la société ne nous permet pas d’exister dans notre singularité, estime Elsa Godart. Nous sommes des prototypes poussés à la conformité. L’audacieux est jugé marginal, original, inconscient, fou. Il est pointé du doigt parce qu’il sort du cadre. » Or l’audace est une subversion. Elle s’érige contre l’ordre établi. Dans Le Meilleur des mondes, le visionnaire Aldous Huxley pointait avec force les moyens par lesquels asphyxier toute révolte : « Il ne faut pas s’y prendre de manière violente, écrivait- il. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. » En réduisant l’éducation, en étouffant la pensée, en utilisant la télévision pour divertir plutôt que d’informer. Bien sûr, tous les médias ne participent pas à cette entreprise de lénification de masse. Mais le débat est devenu difficile. Le « prêt-à-penser » fait loi. Et, surtout, il convient d’être pour ou contre, sans nuance, devant des sujets difficiles : le conflit israélo-palestinien, les Roms, le mariage pour tous, les mères porteuses, l’euthanasie, l’énergie… Comme si quelqu’un détenait la vérité, comme si les solutions étaient simples. L’audace serait de cesser de penser comme notre clan, notre parti, notre journal préféré, pour approfondir notre connaissance de réalités complexes. Si nous manquons d’audace, c’est aussi « parce que le conflit nous fait peur, indique Charles Rojzman, thérapeute social. Nous le confondons avec de la violence alors qu’il s’agit de pouvoir assumer le désaccord de manière constructive, sans nous renier ni tenter d’assujettir l’autre à notre propre pensée. Sans voir en lui un idiot ou un monstre. Mais nous y sommes peu éduqués».
Trouver du sens
De fait, nos choix nous confrontent immanquablement aux réactions de notre entourage, que notre audace questionne et inquiète. Nous craignons leur jugement, leur rejet, quand eux redoutent peut-être d’être mis par nous devant leur propre envie d’un changement qu’ils ne s’autorisent pas. « Le conflit – sans violence – est bien souvent l’étape incontournable si nous voulons persévérer dans notre tentative de devenir qui nous voulons être. Et la seule manière de préserver à la fois notre intégrité et les liens qui nous sont chers », affirme le thérapeute. Faute de quoi, nous risquons de basculer dans une position de soumission – je me soumets à ce que l’on attend de moi et je n’existe plus – ou de rébellion – je vis en réaction contre les désirs de l’autre plutôt qu’en cohérence avec les miens – dont tout le monde sortira perdant. Or, « lorsque nous ne parvenons pas à réaliser nos objectifs de vie, prévient Charles Rojzman, nous rencontrons le désespoir ». Individuellement et collectivement. L’énergie révolutionnaire de l’audace laisse alors la place à la rage de la destruction, telle qu’elle s’exprime en marge de trop nombreuses manifestations de rue. Qu’est-ce que je veux faire de ma vie ? Dans quel monde ai-je envie de vivre ? L’élan de l’audace ne peut se fonder que sur notre capacité à donner un sens à nos actes, un sens à notre existence. Le psychothérapeute viennois Viktor Frankl, inventeur de la logothérapie, considérait le sens comme la source même de notre vitalité : il permet le déploiement de notre volonté, de notre créativité, de notre endurance. Qu’il vienne à manquer et nous perdons toute motivation. Bien sûr, nous ne sommes pas tous capables de dire quel sens gouverne nos vies. Parfois il apparaît rétrospectivement, comme un fil blanc dans le tissu de notre histoire. Mais nous savons à quel point certains de nos actes nous ont emplis de joie et d’énergie, parce qu’ils correspondaient parfaitement à ce que nous voulions au plus profond de nous-mêmes. Retrouver le chemin de l’audace suppose de nous mettre en quête de notre raison d’être, unique et singulière. Car en l’absence de sens, estimait le thérapeute, nous cherchons à combler le vide existentiel par la recherche du pouvoir, de l’argent, de plaisirs débridés. Selon Elsa  Godart, « la première audace est de sortir du troupeau pour dire “je suis moi” ». En deçà de toute étiquette – arabe, juif, de droite, de gauche, flic, patron, syndicaliste, artiste, fonctionnaire… –, voici qui je suis, ce que je ressens, ce que je veux.

Assumer son ambition 
« Vivre avec audace, poursuit-elle, c’est remettre en cause les conditionnements. Être capable d’esprit critique, de libre arbitre, d’autonomie. De penser l’environnement et notre place dedans. Et décider de ne plus courber la tête. » C’est aussi « se donner des défis plutôt que de croire que tout est vain. Pourquoi ne pas mettre la barre très haut, assumer d’avoir de l’ambition ? L’audace est l’énergie de ceux qui sortent de leur condition ». Et de citer en exemple Philippe Croizon, amputé des quatre membres, qui parvient pourtant à relier les cinq continents à la nage. « N’écoutez pas ceux qui vous découragent, enjoint-elle. Nous naissons tous avec des exigences intérieures. Ne pas les suivre, c’est mourir. » Oui, on peut vouloir sauver la planète, contribuer à la paix dans le monde, révolutionner l’entreprise, vivre un amour plus fort, voyager loin, tout quitter pour tout reconstruire, apprendre à voler. Oui. « Parce qu’exister plus fort nous délivre de la peur, nous donne accès à la sérénité malgré le vent de tempête que l’audace souffle sur le quotidien. » Alors, que voulez-vous faire de votre vie ? À quelle hauteur allez-vous placer la barre ? Et comment allez-vous vous en donner les moyens ?

Laurence Lemoine

 

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